De l'architecture d'urgence à la réhabilitation d'un bâti dépassé, les candidats au concours Solar Decathlon proposent des solutions tout en légèreté et pleines d'astuces. Suite de la visite à la Cité du soleil à Versailles, où se déroule la compétitition. 

LOGEMENT COLLECTIF: Un toit modulaire mais fiable

Certains projets retenus par le jury de Solar Decathlon, qui se déroule ces jours-ci à Versailles, ont une connotation particulière. Leurs auteurs se sont focalisés sur la fragilité du contexte. Ainsi au Japon, les étudiants de l'université de Chiba ont à ce titre attiré l'attention du jury, qui leur a attribué le troisième prix d'architecture. Leur RenaiHouse évoque la renaissance après le tremblement de terre et le tsunami de 2011. Les jeunes architectes projettent de reconstruire des immeubles dans la ville de Rikuzentakata, dans la région de Tohoku (nord-est du Japon). La maison en bois préfabriquée RenaiHouse se situe dans une zone particulièrement dévastée par la catastrophe. "L'équipe a développé un concept de 'graines urbaines'. Chacun des modules préfabriqués, à haute performance énergétique, peut être ajouté à un autre dans l'objectif de recréer une communauté durable dans des régions fortement touchées" explique le site Inhabitat. Les modules en bois sont faciles à construire et à monter, de telle sorte qu'ils peuvent être rapidement acheminés vers un lieu sinistré. "Par la suite, les réfugiés peuvent personnaliser leur logement. Ce dernier peut aussi bien se décliner en bambou plutôt qu'en bois s'il doit être situé en Asie du Sud-Est. Grâce à ses propriétés d'isolation, à des matériaux naturels et à ses panneaux solaires, la RenaiHouse réduit de 80 % la consommation d'énergie par rapport à l'habitat moyen au Japon." 
L'architecture d'urgence a aussi inspiré les Chiliens de la Casa Fénix, qui ont planché sur une réponse rapide aux destructions provoquées par les tremblements de terre. "L'équipe a conçu des modules autonomes en énergie, qui peuvent être montés dans l'urgence et s'adapter à différents climats", note le site Plataforma Arquitectura. Son projet est le fruit d'une collaboration entre l'Université technique Federico Santa María de Santiago du Chili et de l'université de La Rochelle (Charente), où le prototype pour Versailles a été réalisé. Module de survie, la structure peut toutefois durer trois ans et elle est, là aussi, en bois et en préfabriqué, dotée d'une installation photovoltaïque lui permettant de produire son eau chaude. 
En Thaïlande, les catastrophes naturelles liées aux crues et inondations ont fait réfléchir les architectes candidats au concours Solar Decathlon sur un bâtiment sur pilotis à ossature métallique qui résiste à l'eau. Les étudiants de la Kmutt, une université technologique de Bangkok, ont développé une maison à l'architecture traditionnelle, autonome en électricité pendant trois jours grâce à son système photovoltaïque, et qui permet notamment aux habitants de se réfugier au premier étage en cas d'inondation. 
"Le défi le plus important de cette compétition Solar Decathlon est de construire cette maison en grandeur réelle, déclarait au journal The Nation un membre de l'équipe qui a trouvé le soutien du constructeur Bouygues pour mener à bien cette mission. 
Autre problématique illustrée dans le concours Solar Decathlon, celle d'un habitat désuet, mal isolé, qu'il faut pourtant conserver parce que sa destruction-reconstruction serait trop coûteuse. C'est le contexte dans lequel les étudiants de l'Université technologique de Delft, aux Pays-Bas, ont développé leur "seconde peau" avec un projet baptisé The Skin. Cette seconde peau, "une coque très bien isolée côté nord et une serre côté sud", explique Technisch Weekblad, envisage d'envelopper des pavillons de lotissements mitoyens construits dans les années 1950 et dont le bilan énergétique est actuellement peu probant. "Il existe en Europe des millions de maisons semblables dévoreuses d'énergie", écrit The Huffington Post. "L'équipe de Delft a trouvé une solution pour transformer ces maisons en habitats à consommation neutre d'énergie et à un coût abordable". Tout en devenant vertueuse côté énergie, cette seconde peau "crée aussi un espace à vivre supplémentaire grâce à l'adjonction de serres qui, en hiver, agrandissent la maison et l'été s'ouvrent pour laisser les habitants profiter du jardin", poursuit le journal néerlandais Technisch Weekblad. 
Que ce projet remporte ou non la compétition, "cette idée pertinente recèle beaucoup de potentiel pour transformer le parc immobilier européen d'une façon à la fois peu coûteuse, écologique et socialement acceptable", concluait The Huffington Post début juillet. Le lendemain même, le jury de Solar Decathlon décernait à cette équipe le prix de la communication et de la sensibilisation sociale. 
COURRIER INTERNATIONAL | SABINE GRANDADAM

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